27 juillet 2010

PÊCHEURS DES FALAISES

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Au sud de Tan Tan, la route côtière longe l'océan surplombé par d'austères falaises. Pas de port, la pêche est un métier d'acrobates qui défient vide et vertige de leurs longues cannes à lancer. Hassan habite Agadir, il vient régulièrement pêcher ici pour des séjours de 3 semaines. Abri sommaire défiant la brise fraîche et humide même en Juillet. Les prises sont plus rares qu'avant. Parfois une semaine sans rien, et puis un jour de chance, 3 corbines le même jour qui attendent la voiture du mareyeur à l'ombre dans des grands sacs de jute humides. Le kilo se négocie entre 20 et 25 dirhams, c'est un peu plus cher pour le sar ou la dorade royale, et c'est le loup, plus rare, qui remporte la palme, jusqu'à 100 dirhams le kilos et parfois davantage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment remonter des pièces parfois supérieures à 20 kilos d'un à-pic de plus de 30 mètres? Les pêcheurs marocains utilisent un système simple et ingénieux, comme tout ce qui est simple, mis au point par les portugais au bon vieux temps jadis : un cône métallique grillagé que l'on fait descendre le long de la ligne, pointe vers le haut, jusqu'à la prise qu'il faut maintenir si possible verticalement au niveau de la surface de l'eau. Quand tout se passe bien, la prise est coiffée par la tête de ce redoutable couvre-chef, il suffit alors de la hâler par un orin en nylon fixé au col du-dit chapeau, en conséquence, le chapeau effectue un pivotement de 180° et la corbine remonte tête basse et queue en l'air jusqu'au courageux pêcheur-acrobate...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une prise de petite taille qui n'a pas eu besoin de couvre-chef pour se retrouver dans le panier du pêcheur. Malheureusement, ces petites corbines sont capturées et vendues au même prix que leurs aînées sans avoir eu le temps de se reproduire. Cette pêche traditionnelle reste néanmoins beaucoup moins destructrice que la pêche opérée par les centaines de barques à moteur, par des chalutiers, des fileyeurs, et des palangriers qui opèrent chaque année plus au sud, pour des prises dont la taille moyenne diminue sensiblement. Dans les années 50 et 60, il était assez courant de prendre une corbine devant le goulet de la merja zerga à Moulay Bousselham, ou à l'embouchure de l'oued Sebou à Mehdia-Plage, mon parrain ce héros, adolescent, en ayant même capturé à bras le corps un superbe spécimen piégé dans "une piscine" par la marée descendante. Ces prises dans ces lieux sont devenues évènement exceptionnel. Les corbines que l'on peut trouver sur les marchés de Rabat et des grandes villes du Royaume Chérifien proviennent exclusivement du grand Sud marocain. L'effort de pêche est trop soutenu et si rien n'est fait, la ressource disparaîtra inéluctablement.

 

 

 

 

 

Cette pêche traditionnelle à la canne doit être maintenue, elle est la plus noble et la moins destructrice. Il faudrait néanmoins déterminer une taille minimale pour les captures, et interdire le commerce des petites corbines. Nous verrons dans la page suivante l'effort de pêche autrement soutenu et plus destructeur des petites barques bleues qui opèrent depuis des décennies le long du littoral atlantique marocain.

 

 

 

Posté par chiloedream21 à 22:35 - Permalien [#]